mercredi 4 juin 2008

XIV

XIV

Ne me demandez pas comment j'ai eu la force de faire ce que j'ai finalement fait. Aujourd'hui, quand je me remémore cet acte tragique, je ne parviens toujours pas à me l'expliquer rationnellement. Mais y a-t-il seulement une once de raison dans la passion? La passion est une flamme qui brûle la lumière des yeux et finit par la noircir.
J'étais malade d'amour. D'un amour non partagé.
Quelques heures seulement après l'avoir traité de salaud, je lui écrivis un autre message, le priant de me pardonner. Je lui expliquais que je ne comprenais pas ce qu'il m'arrivait, qu'il avait provoqué une tempête en moi, une passion à laquelle je ne parvenais pas à résister, ce que je n'avais jamais vécu auparavant.
La passion est une chose étrange, qui se développe bien souvent en symbiose avec la haine; l'une et l'autre sont facilement interchangeables. Aussi, le lendemain, en voyant un nouveau message de Gaston, je sentis les vapeurs empoisonnées de la haine se dissiper et laisser toute la place aux tremblements fiévreux de la passion.
Je lis ces lignes avec une émotion indicible:

« Liuba, j'aimerais vous revoir »

A la lecture de ce message bienveillant, qui, somme toute, me demandait une autre rencontre, toutes mes pensées noires disparurent. Je m'en voulais d'ailleurs d'avoir pu penser à Gaston comme je l'avais fait. Ainsi donc il m'aimait un peu! Il pensait aussi à moi! J'étais montée sur mes grands chevaux, je m'étais imaginé mille atrocités et maintenant, je me rendais compte qu'il fallait remettre les choses à leur place. Je réfléchis rapidement aux différentes possibilités. Il pensait sans doute que j'avais voulu profiter de son argent; je voulais lui montrer que moi aussi je faisais partie de la grande société. Il fallait qu'il voie ma maison. Comme j'étais heureuse! D'un coup, l'horizon s'ouvrait à nouveau devant moi! Si je n'avais rien reçu de lui, c'était juste un malentendu; en fait lui aussi avait pensé à moi tout le temps.

Le jour de notre deuxième rencontre, nous nous retrouvâmes dans le restaurant Cave du roi du centre, à vingt-et-une heures. J'avais mis une petite robe noire et des bottes hautes. Quand il me vit, il prit ma main et m'embrassa sensuellement. Nous fîmes une petite promenade avant de choisir un restaurant qui proposait des huîtres avec de la sauce au champagne et du homard. Avant d'y entrer, je lui demandai s'il m'invitait et il m'assura que oui, après une petite pause. On nous installa à une table discrète, dans un petit coin. Nous mangeâmes lentement et de temps à autres, il me caressait la cuisse. Après avoir mangé, nous nous promenâmes main dans la main sur la Grand Place. Certains passants nous regardaient avec insistance; la différence d'âge était plus qu'évidente entre nous, mais je m'en foutais. Le décor, les bâtiments en style ancien, tout s'assortissait assez bien à notre couple un peu décalé et d'une beauté étrange. Je m'obligeais à ne pas accélérer les choses, à profiter pleinement de chaque moment; j'imaginais que s'il avait désiré une seconde rencontre, il voudrait probablement me revoir encore.

Ce soir-là, je me dis que je pouvais me risquer à l'inviter chez moi. Mes parents étaient dans les Ardennes et moi, je voulais qu'il s'extasie devant notre villa. Il accepta directement mon invitation. Quand nous arrivâmes vers une heure, il fut visiblement surpris par le luxe de la demeure. Ma joie était immense. J’avais mal interprété le silence de Gaston ; il avait en vérité très envie de moi. Pour nos frasques sexuelles, je voulus cette fois essayer quelque chose d’inédit pour moi : le fouet et les menottes. Il me murmura : « Tu es vraiment une femme audacieuse, tu sais ? » avant de poser un baiser sur ma nuque. Ce fut une expérience étrange, mais satisfaisante. Il gémissait doucement sous le fouet, cela m’excita de plus en plus. Il aimait ce petit numéro, il l’aimait bien. Un instant plus tard, n’y tenant plus, je le chevauchai, et très vite, je sentis l’imminence de l’orgasme.
Il y a des moments dans la vie où tout semble merveilleux. Et c’est souvent alors qu’intervient la chose qui gâche tout. Cette frénésie sexuelle m’ayant donné soif, je me détachai de lui et posai un baiser sur ses lèvres avant de me diriger vers la cuisine pour y chercher un verre d’eau. Je ne pense pas me tromper en prétendant que c’est à cet instant qu’a commencé le compte à rebours de notre relation.
(...)

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